Accueil Economie Comment le Maroc et le Nigéria renforcent leur partenariat économique et stratégique

Comment le Maroc et le Nigéria renforcent leur partenariat économique et stratégique

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Concrétisation d’une usine d’engrais à plus de 1,3 Milliards de dollars, poursuite d’un gazoduc géant reliant les deux pays, création d’un Conseil d’affaires entre les deux pays,  l’axe Rabat-Abuja connaît une intensification importante ces dernières années, avec une accélération notable lors des semaines écoulées,  reconfigurant en partie la géopolitique traditionnelle du continent. Les anciennes alliances sont bousculées par l’alliance entre les deux puissances africaines. 

Si l’on avait demandé à un analyste africain il y a dix ans quelle serait selon lui l’alliance la plus improbable qui puisse se nouer en Afrique, nul doute qu’il aurait mis le Maroc et le Nigéria dans son top 3. Sur le papier, tout semble à priori opposer les deux pays. Le Maroc est arabe, francophone et méditerranéen, et ne dispose pas de richesses dans son sous-sol. Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique, est quant à lui anglophone, doté de réserves en hydrocarbures immenses, et se projette autant en Afrique de l’Ouest que centrale. Sur le plan politique, les deux pays viennent également de traditions et de conceptions du monde très différentes. D’un côté, l’on a un Royaume séculaire, dirigé par un roi, Mohammed VI, qui rêve son pays en nouvelle puissance africaine des services, faisant de son pays le premier investisseur privé du continent en moins de vingt ans. De l’autre, le Nigéria, dirigé par un ancien général, Muhammadu Buhari, domine les échanges sur le plan des matières premières mais également au niveau des produits de base. Le PIB du Nigéria, qui frôle les 450 Milliards de Dollars US, est presque le triple de celui du Maroc. Mais le pays est également sept fois plus peuplé avec 219 millions d’habitants contre 36 pour le Maroc.

 Mais surtout, les deux pays ont longtemps été opposés sur la question du Sahara Occidental, Abuja formant avec Alger et Pretoria un axe de soutien au Front séparatiste du Polisario, qui s’est matérialisé par de nombreuses prises de position hostiles au Maroc, notamment au sein des instances de l’Union Africaine. Mais ça, c’était avant.

Fin 2016, un tournant stratégique

Tout change en quelques mois fin 2016. Dessinant sa nouvelle « Realpolitik » Africaine, le roi Mohammed VI prend langue avec des pays stratégiques sur le continent, qui n’épousent pas nécessairement la position de Rabat au niveau de la question du Sahara, abandonnant totalement la doctrine qui prévalait auparavant. Il s’agit ici non seulement de diversifier les alliances économique et politiques, mais également de trouver des partenaires en capacité d’assurer une forte complémentarité sur les plans économiques et commerciaux. Fin 2016, le roi du Maroc se rend au Nigéria alors qu’il prépare le retour de son pays sur la scène de l’Union Africaine. Il annonce à cette occasion avec le Président Muhammadu Buhari le lancement d’un mégaprojet de gazoduc reliant les deux pays, passant par la façade atlantique du continent et long de 5600 kilomètres. Celui-ci concurrence directement le projet lancé en 2002 par le Nigéria et l’Algérie, le Nigal, qui peine à voir le jour. De commissions mixtes en réunions stratégiques, l’axe Rabat-Abuja se solidifie, et les travaux pour la mise en place du Gazoduc prennent forme rapidement. Il doit relier le Nigéria aux quinze pays de la CEDEAO jusqu’au Maroc, ambitionnant même d’atteindre l’Europe.

Un projet d’usine d’engrais à 1,3 milliard de dollars

En même temps, un autre projet d’envergure, celui de la création d’une usine géante d’engrais et d’ammoniac, incluant le géant marocain OCP, est annoncé en Juin 2018 à l’occasion d’une visite officielle de Muhammadu Buhari à Rabat. Les chiffres sont, là aussi, substantiels : la plateforme produira 750.000 tonnes d’ammoniac et 1 million de tonnes d’engrais d’ici 2025 pour un investissement de 1,3 milliard de dollars. Deux ans plus tard, le 2 mars 2021, une Joint-Venture est finalement créée et un pacte d’actionnaires signé entre OCP Africa et la Nigeria Sovereign Investment Authority (NSIA). L’évènement est suffisamment important pour que le Président du Nigéria y consacre une série de Tweets. Au vu du caractère panafricain du projet, Afreximbank se joint au consortium et finance le projet à hauteur de 350 millions d’euros. Dernier évènement en date, la création d’un conseil d’affaires a vu le jour, ambitionnant de rapprocher les communautés business des deux pays, venant ainsi ajouter un rapprochement des secteurs privés entre les deux pays.

De manière générale, cette nouvelle alliance vient remettre en question l’ancien ordre géopolitique africain, avec ce dialogue entre deux puissances montantes du continent. Pour les deux pays, il s’agit d’une alliance qui permettrait d’optimiser la complémentarité de leurs tissus économiques et industriels, de capitaliser sur les gisements énergétiques nigérians et ceux en phosphate du Maroc.