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Tchad: Mahamat Idriss Déby organise le dialogue avec les civils et les rebelles

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Le Conseil militaire va-t-il rendre le pouvoir ? En tout état de cause, l’annonce du succès, début novembre, des deux missions de prise de contact avec les rebelles en exil, rassure sur les plans de son président, Mahamat Idriss Déby. 

L’annonce, le 18 octobre, du départ de deux missions de prises de contact avec les rebelles en exil afin d’obtenir leur participation au Dialogue National Inclusif (DNI), qui a pour but de préparer l’élection présidentielle de 2022, a fait naître beaucoup d’espoir. Avec leur accord obtenu début novembre, c’est un signal positif de plus indiquant que le Conseil militaire, dirigé par Mahamat Idriss Déby (MID), œuvre pour rendre le pouvoir aux Tchadiens comme il l’avait annoncé en juin : « notre mission est de réunir tous les Tchadiens, sans exclusive, via notamment le dialogue. Puis, une fois cela achevé, de rendre le pouvoir aux civils avec un président démocratiquement élu ».

MID tient pour l’instant parole : le DNI est prévu pour décembre prochain et devrait donc, à la suite du succès de cette double mission, réunir quasiment toutes les parties prenantes exception faite (pour l’instant) des rebelles du FACT. Il apparaît donc que ni MID ni le Mouvement Patriotique du Salut (MPS – le parti au pouvoir de feu Idriss Déby) ne cultivent d’entre-soi.

Des militaires qui montrent des signes d’ouverture depuis la prise du pouvoir

Depuis leur prise de pouvoir, il semblerait que les militaires jouent véritablement « collectif » comme l’assure Mahamat Idriss Déby, en ouvrant le jeu politique à l’ensemble des voix tchadiennes. Ainsi, le 10 juin, l‘emblématique défenseur des droits humains, Baradine Berdei (prisonnier politique de l’ancien régime), était libéré dans la foulée de la légalisation du parti d’opposition de Succès Masra (candidat à la présidentielle). Le 12 juin, la nomination d’Haroun Kabadi (ancien président de l’Assemblée nationale) à la tête du MPS avait été un nouveau signal positif et ce, à double titre.

Tout d’abord, celui du renouvellement des instances du MPS avant l’ouverture du DNI, mais surtout, en faisant revenir le détenteur légal du pouvoir dans le système — Haroun Kadabi aurait dû assurer l’intérim du pouvoir à la mort d’Idriss Déby, mais avait décliné, s’en sentant incapable — MID manifestait sa volonté de remettre le pays sur le chemin de la légalité constitutionnelle tout en signifiant la temporalité de son pouvoir militaire. Il avait d’ailleurs affirmé quelques semaines après : « les membres du CMT (les militaires, NDLR) ne se présenteront pas à l’élection une fois leur mission accomplie ».

En septembre dernier, Mahamat Idriss Déby et le Conseil ont même réussi à convaincre Mahamat Nour Ibedou, opposant historique à Idriss Déby et figure des droits de l’Homme, de rallier le comité d’organisation du DNI, signe que toutes les voix sont les bienvenues pour construire le « Tchad d’après ».

Mahamat Idriss Déby, garant de l’ordre pendant la transition

L’annonce de la suspension de la Constitution avait pourtant fait craindre que le fils s’assure une succession par la force. Un tel scepticisme se comprend tant le contexte tchadien est compliqué : mosaïque ethnique sujette à de multiples rébellions, pays en crise pour voisins, président qui monte au front et y meurt brutalement… le Tchad semblait mûr pour une longue période d’instabilité. À cela s’ajoutait une puissante armée en manque supposé de cohésion selon l’International Crisis Group, qui aurait pu exploser en vol jetant encore un peu plus d’huile sur un territoire déjà en feu.

Finalement, l’armée est restée unie et s’est attelée à garantir l’ordre et l’intégrité du Tchad sans, semble-t-il, faire usage d’une violence démesurée. Ainsi, après une manifestation non autorisée qui a dégénéré début octobre, trois leaders de l’opposition ont certes été interpellés, mais surtout libérés quelques jours après et ce, sans avoir subi de mauvais traitement. Surprenant ? Pas tellement si on se veut bien se souvenir que MID n’a ni renversé ni arrêté personne, mais a en définitive comblé un vide : celui laissé par le refus d’Haroun Kabadi d’assumer l’intérim du pouvoir.

Tout porte donc à croire que le Conseil va, comme il le soutient, déjouer « tous les pronostics établis par les soi-disant tchadologues qui prévoyaient le chaos en cas de disparition soudaine du maréchal (Idriss Déby NDLR) ».