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Sénégal : l’essor énergétique passera par le « local »

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Depuis les découvertes d’importants gisements d’hydrocarbures entre 2014 et 2017, l’État sénégalais a élaboré une stratégie d’exploitation visant à favoriser les retombées locales. Avec des réserves de gaz qui le placent désormais au septième rang mondial, l’enjeu est de taille pour le pays ouest-africain de 16 millions d’habitants…

Les chiffres les plus fous ont circulé sur la manne financière représentée par les gisements de pétrole et de gaz découverts ces dernières années au large du Sénégal et à la frontière maritime avec la Mauritanie. Même la somme sur laquelle s’accordent les experts ‒ plus de 50 milliards de dollars de revenus supplémentaires par an ‒ donne le tournis dans ce pays au PIB environ trois fois moins important. C’est pourquoi Macky Sall, le président sénégalais, a tenu à rappeler, lors d’une réunion de concertation sur la mise en œuvre de la loi sur le Contenu local le 2 juillet dans l’ouest de Dakar, sa volonté de rigueur et de transparence au moment de faire usage de ces ressources naturelles. « Je suis trop conscient de ces actes qui engagent le présent et l’avenir de la nation pour laisser le moindre hasard porter atteinte à ses intérêts vitaux, a déclaré le chef de l’État. […] Il s’agit de mettre notre pays à l’abri des convulsions symptomatiques de l’exploitation du pétrole et du gaz [que connaissent] certains pays développés et en développement. »

Pour faire fructifier au mieux les nouvelles réserves de gaz et de pétrole, Macky Sall a donc pris le temps de la réflexion et de l’observation. Aussi a-t-il révélé, lors de son discours du 2 juillet, avoir envoyé des experts dans plusieurs pays étrangers ‒ en Norvège, en France, au Royaume-Uni, en Algérie et au Ghana ‒ afin de s’inspirer des meilleures pratiques en la matière. En parallèle, l’administration sénégalaise aurait également déjà commencé à travailler avec des institutions comme la Banque mondiale, a précisé le président sénégalais. Le début de la production du gisement gazier baptisé Grand Tortue Ahmeyim, comme celui de pétrole au large de Sangomar, est en effet fixé à 2022. D’ici là, le chef de l’État a imposé un cahier des charges exigeant pour le développement et l’exploitation des ressources. Il tient en deux mots et une formule qui fait office de fil directeur pour la politique énergétique nationale : « contenu local ». Selon Macky Sall, ce concept s’appuie sur quatre piliers que sont les ressources humaines, les services d’approvisionnement fournis par les entreprises, les projets sociaux et la création d’industries de valorisation des hydrocarbures (ex. : pétrochimie, engrais, raffinerie, etc.).

Des mesures fortes et un cadre transparent

Le 13 juin 2018, le président sénégalais dévoilait son ambition d’atteindre 50 % de contenu local dans l’industrie pétrolière d’ici 2030. « Si l’on considère ce qui se passe dans le monde, l’Afrique naturellement a la part la plus petite en termes de contenu local », justifiait-il. Cette volonté d’exploiter le gaz et le pétrole par et pour les Sénégalais a rapidement pris corps dans la loi. Le 9 janvier 2019, le conseil des ministres a en effet adopté le projet de loi relatif au contenu local dans le secteur des hydrocarbures. Cet engagement s’accompagne de mesures très ciblées pour favoriser l’emploi local, comme la création de l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG), qui doit former les futurs professionnels et cadres de haut niveau du secteur. Le manque de main-d’œuvre qualifiée ne doit ainsi pas constituer un argument pour confier systématiquement les responsabilités à des travailleurs étrangers, comme c’est le cas dans nombre d’autres pays producteurs en développement.

Pour assurer une gestion transparente de l’exploitation, Macky Sall a également mis en place plusieurs initiatives remarquées, qui s’inscrivent dans la suite logique de l’adhésion du Sénégal à l’initiative pour la transparence de l’industrie extractive (ITIE) en 2013. En 2016, il a ainsi organisé un référendum, qui a débouché sur la reconnaissance de nouveaux droits pour les citoyens sénégalais, notamment celui à un environnement sain sur leurs patrimoines fonciers et sur les ressources naturelles. Cette même année, le président sénégalais a également officialisé la création d’un comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Petrogaz), en charge d’assister et de conseiller l’exécutif dans la gestion des hydrocarbures. Ce cadre légal et administratif mis en place par Macky Sall doit permettre au pays de résister à la flambée de son économie dans les prochaines années.

Entre 2013 et 2017, la croissance nationale est déjà passée de 3,5 % à 6,8 % suite au lancement du Plan Sénégal Émergent (PSE) en 2014. Et d’après les simulations du ministère de l’Économie, la future production de gaz et de pétrole devrait même porter le taux de croissance à 9,4 % par an…