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Les enjeux de la réforme agraire en Afrique du Sud

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Entre littoraux remarquables, économie non négligeable et vastes espaces ruraux à arpenter, l’Afrique du Sud figure en bonne place dans tout annuaire du tourisme. Mais cet État qui peine à retrouver un équilibre a récemment fait parler de lui dans le monde entier. Au cœur de toutes les discussions : la confiscation et la redistribution des terres appartenant aux Blancs. Une réforme agraire qui a de quoi refroidir de riches touristes occidentaux… Penchons-nous donc sur les enjeux induits.

Un désir de réforme agraire ?

Dès l’Antiquité, la notion de réforme agraire a agité les foules, comme à Rome. Entre justice et injustice, populisme ou raison d’État, ses causes et modalités peuvent différer. Pour comprendre la situation sud-africaine, il nous faut d’abord connaître la répartition ethnique des populations locales par rapport à la possession des terres.

Les Blancs, qui représentent moins d’un dixième de la population totale, concentrent entre leurs mains presque les trois quarts des exploitations agricoles de l’Afrique du Sud. Les Noirs (les quatre cinquièmes de la population) n’en détiennent que 4 %, soit moins que les Métis (15 % des fermes), les Indiens (5 %) et les autres groupes ethniques (4 %). Ce déséquilibre face à la propriété foncière a, le temps passant, semblé intolérable. L’ANC et nombre de ses soutiens y ont deviné une persistance d’une accaparation coloniale.

Ainsi, le premier but de la réforme adoptée par le Parlement le 27 février 2018 est de réparer cette injustice, selon le programme annoncé dès 1994 par l’ANC. Mais cela ne doit pas cacher les autres motifs… Il y a aussi une visée populiste et électorale, en vue de s’attacher encore mieux la plus grande partie de la population. Enfin, certains extrémistes sont ravis de cet apartheid inversé.

Les modalités de la redistribution

Les parlementaires sud-africains ont sans surprise voté une loi de réforme agraire le 27 février dernier. Mais les contours de cette législation devant corriger les inégalités passées sont encore flous, suscitant de vifs débats sur place aussi bien qu’à l’étranger. Le gouvernement sud-africain devra garder de la mesure s’il ne veut pas gâter ses relations diplomatiques avec certains de ses principaux partenaires commerciaux, en Europe et ailleurs.

La loi adoptée sous-entend une expropriation de leurs terres des propriétaires blancs, éventuellement sans compensation. C’est principalement sur ce dernier point que se déchirent les politiciens. Dans tous les cas, la Constitution du pays doit être modifiée, d’où la mise en place d’une commission parlementaire devant étudier cette question. Il faudra donc attendre encore quelques mois ou années pour que la réforme agraire soit consommée… ou abandonnée. À moins que la gauche radicale d’EFF et Julius Malema ne l’emporte, en préconisant une collectivisation pure et simple des terres par l’État. Ce système n’a toutefois pas spécialement réussi dans des pays qui l’ont expérimenté, à l’instar de l’URSS.

Adoptée avec une fougue plutôt extrême, la loi du 27 février devrait être relativement mesurée par rapport à ce que laissaient entendre certains discours politiques. En effet, outre la peur de créer de nouvelles injustices ou de se brouiller avec des puissances étrangères, le gouvernement de l’Afrique du Sud souhaite éviter tous les risques de disette ou de famine. Pour garantir la sécurité alimentaire, la réforme devra être douce, surtout que de nombreux Blancs détenteurs de capitaux pourraient être tentés par l’émigration. Des départs trop nombreux pourraient s’avérer catastrophiques pour l’économie locale. Or, l’Australie vient de proposer publiquement des visas humanitaires… Une affaire difficile et épineuse qu’il faudra continuer de suivre !